Cette année, en juin, avides d’autres cieux,
Cinq amis s’élançaient vers ce pays heureux
Qui du soir au matin jamais n’est ténébreux.
Au pays des Vikings, notoirement pluvieux,
Nos cinq amis nantais, chouchoutés par les dieux,
Ne virent que soleil, soleil si généreux
Qu’ils en oublient le vent insistant et teigneux
Qui lèche les glaciers, soulève vos cheveux,
S’insinue dans vos cols et vient rougir vos yeux.
À peine débarqués, nos cinq aventureux
Se louent un 4X4, un Suzuki nerveux,
Superbes pneumatiques mais coffre miséreux
Pour tous ces sacs ventrus et bagages nombreux
Qu’ils parviennent pourtant, de leurs bras vigoureux,
À faire entrer de force dans cet espace creux.
Si autrefois Moïse guida le peuple hébreu
Vers la terre promise, le Canaan précieux
Bravant les plaies d’Égypte et les dangers affreux,
Aujourd’hui, en Islande, c’est dix-mille fois mieux :
Conduits par la Verdier, les Gaugain et Roubieu,
Coqs-en-pâte assoupis sur leurs sièges moelleux,
Accèdent sans effort au rang de bienheureux.
Bercés par les cahots des chemins poussiéreux
Qui les mènent en douceur jusqu’aux volcans neigeux,
Aux hot-spots bouillonnants, aux reflets mercureux
Des longs fjords qui s’étirent en rêves amoureux,
Aux geysers explosant leurs parfums sulfureux.

À côté des balades qui ont comblé nos vœux,
Nous rigolons encore d’un rendez-vous piteux.
Marchant vers Lẚtrabjarg sur les sentiers pierreux,
Tout en haut des falaises au doux tapis herbeux
Dominant l’océan, à pic vertigineux,
Nous devions rencontrer les moines macareux,
Soutanes colorées, embonpoints généreux,
Dont les congrégations processionnent en ces lieux.
Hélas, trois fois hélas, ces oiseux religieux
Sans doute retenus par quelque devoir pieux,
Ne se sont pas montrés, contretemps malheureux.
La raison est tout autre, elle offense les dieux.
Ces moines un peu paillards, exemple désastreux,
S’éloignant du rivage et des regards curieux,
S’adonnaient en cachette aux plaisirs capiteux,
Se garnissaient la panse de poissons savoureux
Et concluaient l’agape, c’est la règle du jeu,
Sainte règle de l’Ordre, en forniquant entre eux.
Quand ils rentrent le soir, épuisés mais joyeux,
Ils échangent encore un regard langoureux.
Les femelles soupirent et déposent leurs œufs
Aussitôt entourés de soins méticuleux.
Nous ne sommes plus là pour nous emplir les yeux
Du spectacle émouvant de tous ces culs-foireux
Dédions donc ce poème aux moines macareux.

Jacques

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